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Monnaie Digitale quelles perspectives pour l'Afrique ?

il y a 3 ans

Depuis le 9 février 2023, une pénurie de billets de banques frappe les consommateurs Nigérians.

A l’origine de cette pénurie, le retrait par la Central Bank of Nigeria (CBN, banque centrale nationale du Nigeria) des coupures de billets de banque (les billets de 1000, 500 et 200 nairas) rendu effectif le 10 Février 2023 et la mise en circulation de nouvelles coupures censées remplacées les anciennes.

Les files d’attente devant les banques et les guichets automatiques de billets démontrent, à tout le moins, un souci dans la préparation de cette transition.

La CBN dans ses communiqués, mentionnent la possibilité pour les consommateurs d’utiliser l’eNaira et laisser à penser qu’il existe une solution électronique à cette pénurie de billets de banques.

Qu’est-ce que l’eNaira ? Comment fonctionne l’eNaira ? Quels liens avec la pénurie de billets ? 

Quels sont les avantages d’une monnaie électronique pour les économies africaines ?

 

MONNAIE DIGITALE 

Une monnaie numérique ou digitale de banque centrale est d’abord une monnaie, émise par la banque centrale. C’est aussi une monnaie totalement dématérialisée. Celle-ci ne doit pas être confondue avec la cryptomonnaie.

On dénote près de 53 millions d’africains détenant des bitcoins et des stables coins. Plusieurs pays y sont concernés notamment le Nigeria, l’Afrique du Sud, le Kenya, l’Egypte, la Tanzanie, la Centre Afrique et bien d’autres pays.

En effet, la cryptomonnaie bien que digitale, ne peut être considérée comme une monnaie fiat (terme latin exprimant l’autorité légale d’une monnaie en raison de la garantie par une entité étatique souveraine et reconnue) mais plutôt comme un actif numérique qui se transmet peer to peer (de pair à pair (réseau)) sans nécessité de passer par une banque centrale. Il en résulte une forte instabilité dues aux spéculations.

 A contrario, la monnaie numérique, actuellement en phase expérimentale dans plusieurs pays, peut être interprétée comme un équivalent digital des monnaies fiduciaires en circulation.

En Afrique le Nigéria se positionne comme pays précurseur de ce système de monnaie centrale dite « de détail », utilisable par le grand public (particulier, entreprises, intermédiaires financiers) avec la mise en place du eNaira.

Par ailleurs, une différence de taille demeure entre les monnaies électroniques et les cryptomonnaies et réside dans la décentralisation inhérente aux cryptomonnaies alors que les monnaies électroniques restent tributaires d’une centralisation par une institution (banque centrale, etc…).

Au cœur des cryptomonnaies, se trouve la technologie blockchain qui consiste à mettre en place une chaine de blocs de transactions (blockchain en anglais) visible par tous les adhérents du système qui ont aussi la charge de la validation multipartite de chaque transaction.

Cette décentralisation de la validation des transactions est obtenue grâce aux Technologies de Registres Distribués ou en anglais Distributed Ledger Technologies (DLT). Cette technologie s’avère utile dans bien des domaines différents de la monnaie électronique.

 Ainsi, certains pays comme le Nigéria dans leur politique monétaire digitale n’ont pas choisi la blockchain c’est-à-dire une décentralisation de la création monétaire et donc la création d’une cryptomonnaie avec les difficultés de mise en œuvre qui en découlent (stabilisation, contrôle, etc…) mais simplement la possibilité de dématérialisation de leur monnaie locale.

Ainsi dans l’optique de toujours vouloir contrôler sa monnaie la Central Bank of Nigeria (CBN) à opter pour l’eNaira et cette structure s’érige en tant que garant de la stabilité de la monnaie et donc détient un total contrôle de celle-ci. 

L’eNAIRA

La Central Bank of Nigeria (CBN) a introduit sa monnaie électronique locale pour répondre aux préoccupations des Nigérians concernant la pénurie de Naira causée par la refonte des billets de Naira ainsi, le Nigéria a décidé de créer sa propre monnaie basée sur la monnaie locale qui est le Naira. Cette monnaie est frappée, émise, distribuée ou détruite par la CBN. Le principe de cette monnaie est qu’elle s’échange au pair avec les billets et les réserves disponible en permanence et dans des transactions de pair-à-pair. La seule différence réside dans la circulation de cette monnaie sur des supports numériques (ordinateurs, téléphones, tablettes).  

Ainsi donc le Nigéria devient le premier pays d’Afrique subsaharienne à émettre une Monnaie Digitale de Banque Centrale dont le fonctionnement est le suivant :

L’eNaira fonctionne dans un premier temps comme portefeuille électronique, elle sert à la fois de moyen d'échange et de réserve de valeur, offrant de meilleures perspectives de paiement dans les transactions de détail par rapport aux paiements en espèces. La Banque National du Nigeria prévoit d’introduire dans le fonctionnement de l’eNaira, le code USSD, les bons de recharge et le retrait aux guichets automatiques dans un contexte de pénurie de naira.

La monnaie numérique devient une alternative à la monnaie fiduciaire qui devient de moins en moins utilisée avec la généralisation des paiements par carte bancaire au niveau mondial.

En Afrique, au-delà du Nigéria qui se présente comme un modèle à suivre, du Ghana qui s’apprête à en faire de même en préparant l’e-cedi, il serait intéressant pour les autres pays d’Afrique de se pencher sur la question de la monnaie numérique.

AVANTAGES DE LA MONNAIE NUMERIQUE

La monnaie numérique si elle est réellement adoptée permettra de réduire le coût de transferts de fonds entre pays africains. En effet les transferts de fonds vers les économies africaines importent beaucoup à ceux qui en bénéficient. Cependant les coûts de transfert de fonds demeurent assez élevés amenant certains consommateurs à préférer passer par des moyens plus ou moins informel, mais moins coûteux.

La monnaie digitale permettra de lutter contre la corruption, en effet près de 90% des transactions de détail se font avec l’argent liquide plus sensible à la corruption, au détournement de fonds et au financement d’activités illégales. C’est en cela que la technologie qui supporte l’eNaira permet de tracer l’ensemble des fonds échangés.

Elle permettra aussi d’accélérer l’inclusion financière par le renforcement des Mobiles payment. 

A titre d’exemple, en côte d’ivoire et dans les pays de la UEMOA, depuis une dizaine d’année, les consommateurs font face à un manque de petite monnaie (25f, 50f, 100f, 200f) les obligeants souvent à recourir à des compléments via leur portefeuille détenu par les opérateurs mobiles ou par des achats supplémentaires. Une monnaie électronique nationale serait la bienvenue car elle facilitera la circulation des petites monnaies et résoudra le problème énoncé.

Le tout est de faciliter les transactions inter réseaux, réduire les risques d’erreur augmentant par ricochet la confiance des utilisateurs vis-à-vis de ce système.

Au final le constat est que l’Afrique est face aujourd’hui encore à une opportunité qui pourrait faciliter et mieux tracer les transferts de fond. En effet la monnaie digitale tel que présentée semble avoir beaucoup à apporter à notre continent ; et le Nigeria ne semble pas non plus pessimiste vis-à-vis de cette transition. L’e-Naira a encore beaucoup à prouver quant à sa fiabilité mais force est de constater que c’est un pas qui servira certainement à l’Afrique.

 

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